Journal des professionnels de l'enfance
Journal des professionnels de l’enfance – N°134
Temps vides ou temps de vie ?
- Décembre - Janvier - Février 2023
- Sortie numérique : 10 décembre 2022
- Sortie kiosque : 10 décembre 2022
L’abécédaire de Philippe Meirieu. La lettre E
Qu’évoque la lettre E pour Philippe Meirieu ? C’est cette question que nous avons posée à ce pédagogue reconnu. Si cette lettre est bien la plus employée dans la langue française, elle resonne pour le célèbre pédagogue avec un roman en lipogramme de Georges Pérec qui ne contient justement aucun E ! Certes, mais où Philippe Meirieu veut-il en venir et quel est le lien avec notre question ?
En matière de pédagogie, une contrainte féconde, comme celle que s’impose Georges Pérec dans le livre, La Disparition, en écrivant un texte sans faire apparaître ne serait-ce qu’une seule fois la lettre E est parfois une formule bénéfique, un levier salutaire qui appelle à davantage de réflexions, de créativité pour puiser dans ses propres ressources et se dépasser. Loin d’être une consigne stérile, dès lors que la contrainte féconde est assortie d’une aide, d’un outil et d’un accompagnement, elle permet à l’enfant de stimuler sa créativité et ses capacités cognitives.
Une manière de revisiter la notion de contrainte et d’en faire un outil au service de l’apprentissage !
Temps vides ou temps de vie ?
Dans les structures d’accueil collectif, au-delà des activités et des temps de soin, le quotidien des enfants est rythmé par des moments intermédiaires, autrement appelés microtransitions, tel le passage du temps du repas à celui la sieste, du jeu en intérieur à l’extérieur…
Ces temps de transition peuvent être des moments difficiles, tant pour les enfants qui doivent se plier à certaines consignes dont ils maîtrisent mal la finalité, que pour les équipes pour qui ces temps représentent de potentiels instants de conflits et de tension entre deux activités.
Ces temps sont pourtant une partie non négligeable de la journée en crèche des enfants et restent pensés comme des moments non utiles par les équipes, qui concentrent leur attention sur le soin et les activités alors même qu’ils sont aussi des temps comme les autres pour les tout-petits.
Journal des professionnels de l’enfance – N°133
0/20 Redoublement d’incompétence !
- Septembre - Octobre - Novembre 2022
- Sortie numérique : 10 Septembre 2022
- Sortie kiosque : 10 Septembre 2022
0/20 Redoublement d’incompétence !
Professionnels de la petite enfance, vous n’êtes pas sans ignorer la publication du dernier arrêté ministériel concernant le monde de la petite enfance publié au Journal Officiel du 4 août tant il a fait la Une de la presse ! Que contient cet arrêté très médiatisé ? Dans un contexte de pénurie de salariés, il propose de déroger aux règles de recrutement en autorisant certains professionnels hors secteur et du personnel non-qualifié à travailler en crèches. Un texte qui porte atteinte à la qualité de l’encadrement des jeunes enfants en accueil collectif et contribue à la dégradation de ce service. Car les professionnels savent que si pénurie il y a, elle est surtout liée aux conditions de travail qui ne cessent de se dégrader tant le secteur est invité à devenir productif et a épousé les contraintes de rentabilité et d’efficacité. Ce sont bien désormais les valeurs gestionnaires qui ont en main et surplombent la petite enfance. Les professionnels se voient ainsi relégués aux marges de l’activité brisant leur culture éducatives, leur savoir-faire, leur motivation, leur professionnalisme, pour en faire de la petite enfance non plus un travail de care mais un business !
Une affiche à détacher. « Tous ensemble pour une campagne de sensibilisation »
En ces temps d’incertitude, cap sur la sécurité affective
Dans nos sociétés Occidentales un mot tend à revenir, celui de l’autonomie et, accolé à lui bien que ne pouvant s’y réduire, celui d’indépendance. Derrière ce vocabulaire se logent des représentations bien spécifiques visant à valoriser, dès le plus jeune âge, l’autonomisation des enfants. Oui mais, cette dernière est un processus qui demande que certaines conditions, notamment en matière de sécurité affective, soient réunies. Une réflexion théorique mais aussi pratique !
Journal des professionnels de l’enfance – N°132
Cahier spécial Boris Cyrulnik
- Juin - Juillet - Août 2022
- Sortie numérique : 10 Juin 2022
- Sortie kiosque : 10 Juin 2022
Le business des crèches
Face aux besoins importants et non satisfaits de places d’accueil, le secteur de la petite enfance s’est ouvert, depuis une quinzaine d’années, à une logique marchande portée par de nouveaux cadres dérégulés nationaux (délégation de service public) et européens (directives Bolkestein…).
Cette arrivée du secteur privé lucratif dans le champ de la petite enfance n’a pas été sans susciter des inquiétudes chez les professionnels : les intérêts de ceux qui se lancent sur ce marché sont-ils véritablement conciliables avec ceux des enfants et de leurs familles ? Peut-on à la fois rechercher la rentabilité et offrir une qualité d’accueil ? Quid de l’accueil de la petite enfance comme outil au service des politiques sociales et de la gestion des inégalités ? Etc.
La situation des Ehpad privés, largement soumis à la dérégulation du marché, et ses conséquences désastreuses vivement dénoncées dernièrement dans la presse, ne sont pas sans faire craindre les mêmes effets dans le secteur de l’accueil collectif. Des effets déjà malheureusement visibles : fuite des professionnels, sous-effectif, burn-out…
Opinion publique à alerter, médiatisation accrue, équilibre renforcé entre puissance publique et acteurs privés… sauront-ils mettre un terme aux dérives et à la marchandisation délétère du secteur ?
Repenser l’adaptation en crèche
Si on ne peut plus postuler l’existence d’un unique modèle d’adaptation (comme cela a été les cas pendant bon nombre d’années), questionner des pratiques encore parfois fort établies, telles celles liées à l’adaptation, c’est un peu la promesse et l’objet de la recherche-action. Cette dernière rend en effet possible, non pas l’application aveugle et systématique de recettes toutes-faites, mais une innovation toujours particulière et plurielle du premier accueil de l’enfant et de sa famille.
Celles menées par l’Institut Petite Enfance Boris Cyrulnik au niveau du temps de l’adaptation/la familiarisation ont mis en avant l’importance non seulement des connaissances scientifiques sur les tout-petits, mais plus encore des allers-retours que réalise l’équipe entre pratiques, observations et théories. Alors, osons des adaptations personnalisées pour favoriser une approche vivante et collective d’expérimentations ainsi que l’incarnation des connaissances théoriques !
Journal des professionnels de l’enfance – N°131
Découvrez votre nouvelle formule !
- Mars - Avril - Mai 2022
- Sortie numérique : 3 Mars 2022
- Sortie kiosque : 3 Mars 2022
Bébé : acteur au sein du groupe !
Si l’homme est bien un animal social, cette sociabilité commencerait très tôt voire plus tôt qu’on ne l’imaginait ! On a en effet souvent tendance à penser que le bébé s’inscrit dans une relation essentiellement duale (enfant/parent, enfant/ professionnel de l’enfant, enfant/autre enfant) pour laquelle il manifeste déjà de formidables compétences en matière de liens. Or, limiter les capacités des tout-petits à ces seuls face-à-face, c’est oublier que ces derniers sont en mesure d’interagir avec plusieurs pairs en même temps et manifestent très précocement des caractéristiques fondamentales propres à la communication de groupe si on laisse davantage se faire ces interactions de groupe (permettant d’observer des comportements déjà sophistiqués) et une présence moins forte de l’éducateur.
Les observations réalisées sur le terrain donnent accès à des données précieuses quant au développement de la sociabilité de l’enfant, au-delà de ce que les éléments théoriques posent.
Libérons l’enfance ! Un regard sociologique
Si l’enfance a été longtemps approchée par le prisme des études en psychologie, une lecture sociologique est aussi légitime et nécessaire pour comprendre les mécanismes à l’œuvre dans la construction d’un individu et pour apporter des éclairages sur sa réalité sociale tout en offrant une perception diversifiée et multiforme des tout-petits comme pour s’éloigner d’une vision naturalisée voire essentialisée de l’enfant.
Les travaux sociologiques montrent en effet que l’enfance n’est pas un âge de la vie homogène, mais qu’elle est traversée par des déterminants sociaux, économiques et de genre. Les enfants appartiennent à une catégorie et une classe d’âge socialement construites. En témoignent les institutions de la petite enfance apparues au XIXe siècle, fruits d’une autre représentation de l’enfance, qui ont façonné la socialisation des enfants et continuent de le faire aujourd’hui comme elles ont impliqué une normalisation de certaines pratiques familiales.
Il n’est pas intéressant de rappeler que les enfants ne sont pas des êtres hors-sol ou en apesanteur sociale, mais façonnés et traversés par les inégalités sociales, des rapports de domination de classe et de genre, auxquels eux-mêmes sont sensibles et par rapport auxquels ils savent se situer.
Journal des professionnels de l’enfance – N°130
Découvrez votre nouvelle formule !
- Décembre - Janvier - Février 2021-2022
- Sortie numérique : 21 Décembre 2021
- Sortie kiosque : 21 Décembre 2021
Que sait-on des bienfaits de la musique ?
Chanter des chansons aux enfants, leur faire écouter de la musique, les inviter à pratiquer un instrument… cela va de soi ! La musique et les chansons appartiennent à l’univers de la petite enfance et sont présentes dès le berceau, voire au stade fœtal : combien de mères enceintes écoutent du Mozart à l’attention de leur tout-petit encore dans leur ventre ? Combien de berceuses sont fredonnées au creux de leurs oreilles pour accompagner leur sommeil ? Combien de musique douce leur donne-t-on à écouter pour les détendre ou les relaxer ?
Mais sait-on véritablement pourquoi la musique est bonne, au-delà du seul plaisir de l’écoute ?
Ainsi, si les jeunes enfants pratiquent un instrument de musique ou écoutent simplement de la musique ou des comptines, ils renforcent à la fois les circuits neuronaux dédiés à l’audition et ceux impliqués dans les activités motrices ainsi que leurs connexions, mais développent également leurs aptitudes autres que motrices, comme le langage, la mémoire et tant d’autres…
Plus étonnant et moins connu, saviez-vous aussi que la musique stimule la vie sociale de l’enfant, comme le sentiment altruiste, la confiance en l’autre, la coopération plutôt que la compétition ?
Les temps du repas
Entre « manger pour vivre et vivre pour manger », il faudrait bien une autre option, une autre alternative… et encore plus, quand on pense au temps du repas de l’enfant en accueil collectif. Si au départ, manger est bien une nécessité de survie, c’est aussi un temps de construction du lien social et affectif pour le tout-petit.
Or, on met souvent de côté le besoin de l’enfant durant le repas en raison des pressions et des contraintes de temps et d’organisation : manger vite, proprement, tout finir… sont des leitmotivs récurrents, pas toujours favorables à l’enfant. Pourtant, ce dernier a des préférences et des aversions alimentaires dès le plus jeune âge et une capacité d’autorégulation alimentaire dont il faut tenir compte, comme il faut prendre en compte ses capacités motrices pour veiller à sa bonne installation et position, ou au matériel proposé en rapport avec ses compétences sensori-motrices du moment. Parce que le prérequis à la consommation alimentaire chez l’enfant doit être le plaisir et non pas un message sanitaire, la recherche d’autonomie et non pas s’alimenter pour s’alimenter, faisons du temps de repas, un moment d’attention aux besoins de l’enfant.