Journal des professionnels de l'enfance
Journal des professionnels de l’enfance – N°132
Cahier spécial Boris Cyrulnik
- Juin - Juillet - Août 2022
- Sortie numérique : 10 Juin 2022
- Sortie kiosque : 10 Juin 2022
Le business des crèches
Face aux besoins importants et non satisfaits de places d’accueil, le secteur de la petite enfance s’est ouvert, depuis une quinzaine d’années, à une logique marchande portée par de nouveaux cadres dérégulés nationaux (délégation de service public) et européens (directives Bolkestein…).
Cette arrivée du secteur privé lucratif dans le champ de la petite enfance n’a pas été sans susciter des inquiétudes chez les professionnels : les intérêts de ceux qui se lancent sur ce marché sont-ils véritablement conciliables avec ceux des enfants et de leurs familles ? Peut-on à la fois rechercher la rentabilité et offrir une qualité d’accueil ? Quid de l’accueil de la petite enfance comme outil au service des politiques sociales et de la gestion des inégalités ? Etc.
La situation des Ehpad privés, largement soumis à la dérégulation du marché, et ses conséquences désastreuses vivement dénoncées dernièrement dans la presse, ne sont pas sans faire craindre les mêmes effets dans le secteur de l’accueil collectif. Des effets déjà malheureusement visibles : fuite des professionnels, sous-effectif, burn-out…
Opinion publique à alerter, médiatisation accrue, équilibre renforcé entre puissance publique et acteurs privés… sauront-ils mettre un terme aux dérives et à la marchandisation délétère du secteur ?
Repenser l’adaptation en crèche
Si on ne peut plus postuler l’existence d’un unique modèle d’adaptation (comme cela a été les cas pendant bon nombre d’années), questionner des pratiques encore parfois fort établies, telles celles liées à l’adaptation, c’est un peu la promesse et l’objet de la recherche-action. Cette dernière rend en effet possible, non pas l’application aveugle et systématique de recettes toutes-faites, mais une innovation toujours particulière et plurielle du premier accueil de l’enfant et de sa famille.
Celles menées par l’Institut Petite Enfance Boris Cyrulnik au niveau du temps de l’adaptation/la familiarisation ont mis en avant l’importance non seulement des connaissances scientifiques sur les tout-petits, mais plus encore des allers-retours que réalise l’équipe entre pratiques, observations et théories. Alors, osons des adaptations personnalisées pour favoriser une approche vivante et collective d’expérimentations ainsi que l’incarnation des connaissances théoriques !
Journal des professionnels de l’enfance – N°131
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- Mars - Avril - Mai 2022
- Sortie numérique : 3 Mars 2022
- Sortie kiosque : 3 Mars 2022
Bébé : acteur au sein du groupe !
Si l’homme est bien un animal social, cette sociabilité commencerait très tôt voire plus tôt qu’on ne l’imaginait ! On a en effet souvent tendance à penser que le bébé s’inscrit dans une relation essentiellement duale (enfant/parent, enfant/ professionnel de l’enfant, enfant/autre enfant) pour laquelle il manifeste déjà de formidables compétences en matière de liens. Or, limiter les capacités des tout-petits à ces seuls face-à-face, c’est oublier que ces derniers sont en mesure d’interagir avec plusieurs pairs en même temps et manifestent très précocement des caractéristiques fondamentales propres à la communication de groupe si on laisse davantage se faire ces interactions de groupe (permettant d’observer des comportements déjà sophistiqués) et une présence moins forte de l’éducateur.
Les observations réalisées sur le terrain donnent accès à des données précieuses quant au développement de la sociabilité de l’enfant, au-delà de ce que les éléments théoriques posent.
Libérons l’enfance ! Un regard sociologique
Si l’enfance a été longtemps approchée par le prisme des études en psychologie, une lecture sociologique est aussi légitime et nécessaire pour comprendre les mécanismes à l’œuvre dans la construction d’un individu et pour apporter des éclairages sur sa réalité sociale tout en offrant une perception diversifiée et multiforme des tout-petits comme pour s’éloigner d’une vision naturalisée voire essentialisée de l’enfant.
Les travaux sociologiques montrent en effet que l’enfance n’est pas un âge de la vie homogène, mais qu’elle est traversée par des déterminants sociaux, économiques et de genre. Les enfants appartiennent à une catégorie et une classe d’âge socialement construites. En témoignent les institutions de la petite enfance apparues au XIXe siècle, fruits d’une autre représentation de l’enfance, qui ont façonné la socialisation des enfants et continuent de le faire aujourd’hui comme elles ont impliqué une normalisation de certaines pratiques familiales.
Il n’est pas intéressant de rappeler que les enfants ne sont pas des êtres hors-sol ou en apesanteur sociale, mais façonnés et traversés par les inégalités sociales, des rapports de domination de classe et de genre, auxquels eux-mêmes sont sensibles et par rapport auxquels ils savent se situer.
Journal des professionnels de l’enfance – N°130
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- Décembre - Janvier - Février 2021-2022
- Sortie numérique : 21 Décembre 2021
- Sortie kiosque : 21 Décembre 2021
Que sait-on des bienfaits de la musique ?
Chanter des chansons aux enfants, leur faire écouter de la musique, les inviter à pratiquer un instrument… cela va de soi ! La musique et les chansons appartiennent à l’univers de la petite enfance et sont présentes dès le berceau, voire au stade fœtal : combien de mères enceintes écoutent du Mozart à l’attention de leur tout-petit encore dans leur ventre ? Combien de berceuses sont fredonnées au creux de leurs oreilles pour accompagner leur sommeil ? Combien de musique douce leur donne-t-on à écouter pour les détendre ou les relaxer ?
Mais sait-on véritablement pourquoi la musique est bonne, au-delà du seul plaisir de l’écoute ?
Ainsi, si les jeunes enfants pratiquent un instrument de musique ou écoutent simplement de la musique ou des comptines, ils renforcent à la fois les circuits neuronaux dédiés à l’audition et ceux impliqués dans les activités motrices ainsi que leurs connexions, mais développent également leurs aptitudes autres que motrices, comme le langage, la mémoire et tant d’autres…
Plus étonnant et moins connu, saviez-vous aussi que la musique stimule la vie sociale de l’enfant, comme le sentiment altruiste, la confiance en l’autre, la coopération plutôt que la compétition ?
Les temps du repas
Entre « manger pour vivre et vivre pour manger », il faudrait bien une autre option, une autre alternative… et encore plus, quand on pense au temps du repas de l’enfant en accueil collectif. Si au départ, manger est bien une nécessité de survie, c’est aussi un temps de construction du lien social et affectif pour le tout-petit.
Or, on met souvent de côté le besoin de l’enfant durant le repas en raison des pressions et des contraintes de temps et d’organisation : manger vite, proprement, tout finir… sont des leitmotivs récurrents, pas toujours favorables à l’enfant. Pourtant, ce dernier a des préférences et des aversions alimentaires dès le plus jeune âge et une capacité d’autorégulation alimentaire dont il faut tenir compte, comme il faut prendre en compte ses capacités motrices pour veiller à sa bonne installation et position, ou au matériel proposé en rapport avec ses compétences sensori-motrices du moment. Parce que le prérequis à la consommation alimentaire chez l’enfant doit être le plaisir et non pas un message sanitaire, la recherche d’autonomie et non pas s’alimenter pour s’alimenter, faisons du temps de repas, un moment d’attention aux besoins de l’enfant.
Journal des professionnels de l’enfance – N°129
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- Septembre - Octobre - Novembre 2021
- Sortie numérique : 14 septembre 2021
- Sortie kiosque : 14 septembre 2021
Sans écrans et en plein air
Ouvrir les yeux et mettre en veille les écrans
Toujours de plus en plus tôt, toujours de plus en plus souvent, les tout-petits sont exposés aux écrans. Devenus omniprésents dans leur environnement, il leur est difficile d’y échapper. Ces derniers sont le marqueur de la société numérique et les parents souhaitent que leurs enfants s’approprient ces outils au plus vite, de crainte qu’ils ne soient exclus de la révolution virtuelle ! Pour autant, le développement de l’enfant se conjugue mal avec cette virtualité. Ses besoins sont faits de rencontres, d’explorations sensorielles, de langage, d’expérimentation… qui passent par la corporalité et le contact avec le réel. Si les enfants ne trouvent pas dans leurs parents, et les adultes éducateurs, un rempart contre les effets – délétères – de ces écrans, les représentations communes, les liens durables, le vivre ensemble… sont menacés.
Jouer dehors : le dire et le faire
L’automne est là, et avec lui, les premières bourrasques et des températures en baisse. Allez, on remet blousons, chaussettes et collants… et place aux chaussures fermées ! Mais si cette période de l’année rime avec fraîcheur, celle-ci n’est pas une raison suffisante pour ne plus laisser sortir les enfants dehors. Bien au contraire, de nombreuses études ne cessent de mettre en avant les bienfaits de jouer à l’extérieur pour les tout-petits : bénéfique pour leur santé, renforcement de leurs aptitudes motrices, sociales et émotionnelles, meilleures capacités d’adaptation et gestion du stress… Les arguments ne manquent pas. Pourtant, les EAJE sont encore hésitants à mettre en place de telles pratiques voire à les soutenir auprès des familles. Ce qui fait défaut ? Un jeu libre en extérieur qui s’appuie et qui est pensé comme projet d’équipe, transmis avec enthousiasme aux parents, et initié en mode coopération.
Journal des professionnels de l’enfance – N°128
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- Juin - Juillet - Aout 2021
- Sortie numérique : 29 juin 2021
- Sortie kiosque : 29 juin 2021
Affûtons notre esprit critique !
Masque en crèche : sachons raison garder !
Si les masques se sont révélés essentiels au cœur de la pandémie, ils auront fait couler beaucoup d’encre ! Déjà décriés comme inefficaces et critiqués quant à leur usage délicat, les masques font encore aujourd’hui l’objet de nouvelles interrogations. Celles-ci pointent désormais leurs effets néfastes sur le développement des jeunes enfants, questionnant par-là les professionnels de l’enfance, voire alimentant leur sentiment de culpabilité et ajoutant à leur charge mentale.
Au-delà de ces interrogations légitimes, cette « question des masques » renvoie au sujet délicat de la médiatisation de certaines études et au nécessaire esprit critique qu’il convient d’aiguiser face à ces dernières.
Violences éducatives ordinaires
Quand certaines violences éducatives ordinaires dépassent la sphère privée et relèvent aussi de pratiques institutionnelles, dont les professionnels ne peuvent pas toujours être tenus responsables, s’interroger sur ces violences invisibles est une façon de ne pas les admettre comme une fatalité et de mettre en route un mouvement de pensée collective et individuelle.
Avec un regard toujours impertinent et caustique
Le Petit Coin-Coin propose une lecture de l’actualité de la petite enfance, et notamment du Plan de formation des 600 000 professionnels de l’enfance.